Les élus des îles polynésiennes, et principalement ceux de l’archipel des Tuamotu, ont aujourd’hui l’obligation de réfléchir aux conséquences du changement climatique, particulièrement les menaces de montée des eaux. Ils doivent faire face à de profonds bouleversements prévisibles, en termes d’infrastructures et de déplacement de population, notamment, à l’exemple de Tuvalu. Le maire de Napuka (Tuamotu) ne veut pas que son île soit « l’île du désappointement ».
Le réchauffement planétaire annoncé par le GIEC, même s’il laisse place à des incertitudes et à des interprétations, est une réalité à laquelle les Hommes du XXIe siècle auront à faire face. Les effets de ce changement climatique ne seront pas sans toucher les îles polynésiennes. Si la Polynésie française n’a pas encore connu de scénario catastrophe, comme ce que l’on peut constater dans l’archipel des Tuvalu, les communes du Pays ne peuvent se cantonner à un rôle de spectateur. Toutes les îles, qu’elles soient basses ou hautes, sont exposées aux risques de tsunami et de cyclone et seront toutes, plus ou moins, impactées dans les décennies à venir par la montée des eaux.
La vulnérabilité des îles polynésiennes
Pour illustrer cette thématique, intégrée au programme du Congrès à l’initiative du sénateur Richard Tuheiava, un film a été projeté aux élus et à leurs responsables techniques et administratifs, mercredi, lors de la deuxième journée de ce rassemblement des maires de Polynésie française : The Once was an island : Te Henu e Noho », un documentaire primé au FIFO 2010 qui les a largement sensibilisés à cette problématique.
S’en est suivie une intervention de Nicolas Bériot. secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC), placé sous la tutelle du ministère national de l’Ecologie. Celui-ci en a rappelé les grandes lignes, au niveau mondial. Mais il a aussi voulu préciser à quel point les îles polynésiennes étaient vulnérables : littoral étroit, espèces végétales et animales endémiques fragiles, dépendance à la vie marine…
Le triste exemple de Tuvalu
Une vulnérabilité à laquelle l’archipel des Tuvalu (petit Etat au centre du Pacifique) est confronté depuis plusieurs années, ainsi qu’a pu en témoigner Melton Tauetia, chargé de mission pour le « dossier climat » à Tuvalu. À plusieurs reprises, les Tuvaluans ont dû évacuer momentanément leurs îles lors des marées de fortes eaux. Cet ensemble d’îlots de 26 km2, le plus petit pays au monde en surface terrestre, a dû mettre en place des réponses d’adaptation à cette montée des eaux aux conséquences désastreuses (eau potable polluée, agriculture impossible, cocoteraie abîmée…).
La tragique exemplarité de la situation de la communauté de Tuvalu (env. 12.000 habitants), « Nous sommes tous Tuvaluens » en puissance, a conduit l’association Alofa Tuvalu à concevoir une opération multi-supports d’éducation aux changements climatiques. Et le pays, à titre d’exemplarité positive, souhaite devenir le premier Etat indépendant à 100% vis à vis des énergies fossiles.
Le maire de Napuka lance un appel à l’hospitalité aux îles Marquises
Les congressistes ont ensuite pu assister à l’intervention, non dénuée d’humour malgré sa préoccupation affichée, du maire de Napuka, Tauirai Puarai. Cet atoll des Tuamotu, long de 10 km et large de 2,5 ne reçoit la visite d’un avion (8 places maximum) qu’une fois par semaine. Il est ravitaillé une fois par mois par bateau. Mais l’éloignement et les conditions de transport font qu’il peut falloir plusieurs semaines pour réparer une coupure de téléphone.
Le maire, qui se dit inquiet face à la prévisible montée des eaux, dans les décennies à venir, a lancé un « appel à l’hospitalité », aux maires des Marquises, pour que les îles hautes de cet archipel puisse éventuellement accueillir les futurs réfugiés climatiques de Napuka. « Nous avons des ancêtres et un marae commun à Ua Pou« , leur a-t-il rappelé en expliquant qu’il ne voulait pas que son île devienne « l’île du désappointement« .